L’essai, le mémoire et la thèse: les défis de la gestion du temps

INTRODUCTION

Lors de la rédaction de l’essai, du mémoire ou de la thèse, le rapport au temps est différent et les repères établis pendant les études de 1er cycle (p.ex. plans de cours, échéances de fin de session) ne sont plus les mêmes. Le défi de l’étudiant.e est d’organiser efficacement ses habitudes de travail, sans délaisser les autres sphères de sa vie. La gestion du temps s’avère donc un aspect indissociable de la réussite aux études supérieures. Pour une révision plus générale des principes de base de la gestion du temps, consultez le texte La gestion du temps ou la formation interactive Améliorez la gestion de votre temps. Des balados portant sur des thèmes connexes sont également disponibles sur le site Internet du Centre d’aide aux étudiants.

LES PRINCIPAUX PIÈGES

Au départ, l’autonomie que procure le fait d’être «son propre patron» peut être stimulante, mais certains pièges sont à surveiller:

  • Le surinvestissement dans le travail de recherche et de rédaction peut mener à l’oubli de soi et à l’isolement. Les moments pour briser le rythme au baccalauréat (p.ex. semaine de lecture, vacances de Noël) n’étant plus prévus à l’agenda, il peut être plus difficile de vous les accorder.
  • Le manque d’activités sociales et de loisirs ainsi que la difficulté à «décrocher» du projet de recherche sans se sentir coupable peuvent entraîner un état de démotivation et conduire à l’épuisement.
  • Un manque de discipline personnelle ou de balises dans l’horaire de travail peuvent entraîner une difficulté à se mettre à la tâche et un sentiment de tourner en rond.
  • Comme étudiant.e aux cycles supérieurs, vous pouvez être souvent sollicité.e par d’autres membres de votre équipe de recherche. Bien que cela puisse être gratifiant d’être une personne-ressource, sachez reconnaître et respecter vos limites. Vous pouvez offrir de l’aide et demeurer accessible en cas de difficulté, sans faire le travail à la place de l’autre.
  • Les étudiant.es aux études supérieures ont souvent plus de responsabilités (p.ex. financières, familiales), ce qui surcharge leur emploi du temps et retarde la progression dans leur échéancier.

PRIORITÉ AUX PRIORITÉS!

Clarifier vos priorités est la base de la planification de votre temps et vous aidera à faire les bons choix. Pour bien utiliser votre temps, consacrez-vous aux tâches qui reflètent vos priorités selon le tableau suivant:

 

URGENT

NON URGENT

IMPORTANT

I  (20-25%)

  • Gérer les crises
  • Travailler à la dernière minute
  • Problèmes pressants
  • Toute tâche qui requière une action immédiate

II  (65-80%)

  • Planifier vos activités
  • Travailler à l’atteinte de vos objectifs, au développement de vos compétences
  • Entretenir vos relations
  • Ressourcement (ex.: loisirs, sport)

MOINS IMPORTANT

III  (15%)

  • Répondre aux demandes des autres
  • Téléphone, courriels
  • Interruptions

IV  (1%)

  • Pertes de temps
  • Échappatoires
  • Ne rien faire d’agréable ou d’utile

 

Réfléchissez et identifiez vos priorités pour chacune de ces catégories, pour une période donnée (p.ex. le prochain mois), en tenant compte des sphères de vie professionnelle (p.ex. cours, lectures, recherche en bibliothèque, rédaction, heures de travail rémunérées) et personnelle (p.ex. sport, repos, alimentation saine, loisirs, relations sociales). Qu’est-ce qui est le plus important pour vous? Gardez cette liste à proximité pour vous aider dans votre planification à court et à long terme.

Au quotidien, 2 facteurs déterminent la manière dont vous choisissez d’employer votre temps: l’urgence et l’importance. Une tâche peut être urgente sans être importante, tout comme une tâche importante peut ne pas être urgente. Le tableau résume les quatre façons dont le temps peut être utilisé. Essayez de situer dans quel cadran (I, II, III, IV) vous passez le plus de temps. Vous constaterez que plus l’urgence domine, plus l’importance est négligée. Les problèmes de gestion du temps proviennent souvent d’un déséquilibre entre ces différents niveaux de priorités. Les chiffres entre parenthèses représentent une estimation de la proportion de temps qui devrait idéalement être accordée à ce type de priorité.

Pour vous aider à prioriser, établissez ce qui est important (cadrans I et II) plutôt que de ne réagir qu’aux urgences (cadrans I et III). La décharge d’adrénaline qui accompagne une gestion du temps basée sur l’urgence peut être stimulante et excitante, mais elle est aussi étroitement liée au stress, à la pression et la fatigue. À la longue, cela peut entraîner un sentiment de vide et l’impression que vos besoins ne sont pas satisfaits. Évidemment, l’urgence fait partie de la vie, mais le problème apparaît lorsqu’elle devient votre mode de gestion habituelle et, surtout, lorsqu’elle vous fait reléguer au second plan ce qui est important.

Plusieurs activités importantes ne sont pas de nature à exercer une pression sur vous (p.ex. entretien des relations, loisirs). Elles sont liées à un sentiment de satisfaction (cadran II). Puisqu’elles ne requièrent pas une intervention immédiate, c’est donc à vous de les maîtriser (p.ex. réserver un moment dans votre agenda).

Prioriser, c’est orienter vos efforts dans les tâches du cadran II. Avoir des priorités, c’est aussi choisir, puisqu’il est rarement possible d’avoir le temps de tout faire. La clé de la qualité de vie réside dans ces choix au quotidien.

PLANIFICATION À LONG TERME: L’ÉCHÉANCIER À REBOURS

La méthode de l’échéancier à rebours est utile pour répartir les différentes étapes de votre projet dans le temps et en évaluer le réalisme. N’hésitez pas à faire appel à votre directeur.trice pour vous aider à établir cet échéancier:

  1. Dressez la liste des étapes à franchir;
  2. Estimez le temps requis pour chacune de ces étapes;
  3. Créez un échéancier, en commençant par la dernière étape à réaliser et en terminant par la première.

Exemple: mémoire de maîtrise débutant en septembre 2020

ÉTAPES

TEMPS REQUIS (APPROXIMATIF)

ÉCHÉANCES

LECTURES, DÉFINITION DE LA PROBLÉMATIQUE

1 session

15 décembre 2020

ÉLABORATION ET RÉDACTION DU CADRE THÉORIQUE

8 semaines

1er mars 2021

FORMULATION DES HYPOTHÈSES

2 semaines

15 mars 2021

EXPÉRIMENTATION ET RÉDACTION DE LA MÉTHODOLOGIE

8 semaines

15 mai 2021

ANALYSE DES RÉSULTATS

6 semaines

30 juin 2021

INTERPRÉTATION ET RÉDACTION DES RÉSULTATS

4 semaines

30 juillet 2021

ARRÊT: PÉRIODE DE VACANCES

2 semaines

15 août 2021

RÉDACTION: DISCUSSION

4 semaines

15 septembre 2021

RÉDACTION: INTRODUCTION, CONCLUSION, SYNTHÈSE ET PISTES DE RECHERCHE FUTURES

2 semaines

30 septembre 2021

LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES, APPENDICES ET RÉFÉRENCES

2 semaines

15 octobre 2021

RELECTURE (DÉPÔT INITIAL)

3 semaines

5 novembre 2021

CORRECTIONS

2 semaines

15 décembre 2021

DÉPÔT FINAL

 

décembre 2021

 

Si vous constatez que vous n’arriverez pas à respecter le délai fixé, réévaluez le temps requis pour chacune des étapes. Faites preuve de souplesse dans votre planification, qui devra nécessairement être ajustée selon le déroulement des événements.

PLANIFICATION À COURT TERME: LA LISTE DE TÂCHES

Après avoir planifié les grandes étapes de votre projet de recherche, établissez les différentes tâches spécifiques à réaliser sur une base hebdomadaire:

  1. À chaque semaine, faites la liste de toutes les tâches à compléter, divisez-les en petites tâches précises.
  2. Notez dans votre agenda les activités à faire à une heure fixe déjà prévue (p.ex. cours, réunions, rendez-vous, repas, emploi, etc.) et sur une liste à part, celles que vous désirez accomplir, mais au moment qui sera le plus opportun. Utilisez un agenda pour visualiser la semaine entière sur une page.
  3. Répartissez vos autres tâches (professionnelles et personnelles) dans les périodes disponibles. Estimez et prévoyez des plages, de durée variable (p.ex. des périodes plus longues pour la recherche en bibliothèque et la rédaction). Après environ 2 heures de travail en continu, parfois moins longtemps, accordez-vous des pauses, afin de préserver et stimuler votre concentration.
  4. Planifiez exactement ce que vous ferez dans la période de travail (p.ex. lire tel article, exécuter tel test statistique, rédiger telle section). Assurez-vous de garder du temps pour ce qui est le plus important. Même si vous n’avez pas accompli l’ensemble des tâches prévues pour une journée, vous aurez quand même la satisfaction d’avoir travaillé à une tâche importante. N’oubliez pas vos priorités personnelles!
  5. Prévoyez des périodes libres, afin d’avoir une marge de manœuvre en cas d’imprévus (p.ex. 2 périodes de 2 heures dans la semaine). Demeurez flexible dans votre horaire.
  6. Pour le travail intellectuel, il est particulièrement important de demeurer flexible par rapport à vos objectifs. En effet, les objectifs fixés peuvent parfois être trop exigeants ou irréalistes selon le type de tâche à réaliser et cela peut s’avérer contreproductif (p.ex. s’imposer de rédiger pendant 8 heures par jour).
  7. Respectez votre planification et évitez d’ajouter plus de 30 minutes au temps initialement prévu. Planifiez immédiatement ce qui n’a pas pu être complété. Si la tâche a requis moins de temps que prévu, n’en faites pas nécessairement plus. Réorganisez votre horaire si des choses plus importantes que celles que vous aviez prévues se présentent. Révisez votre planification au début de la journée, puis au cours de celle-ci.

DU TEMPS POUR ORGANISER VOTRE TEMPS

Pour beaucoup d’étudiant.es, organiser son temps se limite à remplir son agenda des rendez-vous qui se présentent et à tenter de travailler dans les intervalles qui restent. Pour gagner du temps, réfléchissez d’abord à votre emploi du temps. À la fin de chaque semaine, faites le bilan de ce qui a été accompli et de ce qui a été laissé en suspens. Clarifiez-en les raisons en réévaluant:

  • le réalisme de vos objectifs
  • la difficulté à dire non
  • la possibilité de déléguer certaines tâches
  • la présence d’interruptions (qui auraient pu être évitées?)
  • la procrastination
  • le perfectionnisme
  • le temps consacré aux loisirs

Basez-vous sur votre expérience pour améliorer votre planification. Ainsi, vous vous connaîtrez davantage et arriverez à mieux respecter votre rythme de travail, les moments où vous êtes le plus efficace et les combinaisons de tâches qui vous conviennent le mieux. Votre emploi du temps devrait être perçu comme un moyen d’atteindre vos buts et non comme une contrainte.

CONCLUSION

C’est par essais et erreurs que vous apprendrez à planifier de façon réaliste et efficace. La gestion du temps est un processus dynamique qui se construit à mesure que le temps avance. N’hésitez pas à faire les ajustements nécessaires selon les événements!

RÉFÉRENCES

Bégin, C. (1995), Apprivoiser l’isolement. Le contexte (atelier III). Contenu de présentation pour les ateliers sur l’encadrement aux études supérieures [Document inédit], Université du Québec à Montréal.

Covey, S. R. (1995), Priorité aux priorités: vivre, aimer, apprendre et transmettre. Paris, First Éditions.

Lelord F. (2001), Bien vivre avec son stress, Paris, Contre la montre.

Talbot, F. (2003), «Les défis du contexte de rédaction», Vies-à-vies. Bulletin du Service d’orientation et de consultation psychologique, Université de Montréal, vol. 15, no 3 (janvier).

Rédigé par:
Louise Careau, psychologue
Véronique Mimeault, psychologue

Révisé par Caroline Sylvain, psychologue