Une personne m’inquiète…

Lorsqu’une personne de notre entourage exprime ou démontre des signes de détresse, il peut être normal de ressentir de l’impuissance face à sa souffrance. Parfois, nous préférons éviter de nous en mêler, de peur de choquer la personne ou de se faire dire de nous mêler de nos affaires. Dans d’autres cas, nous souhaitons aider la personne, mais malgré nos efforts pour trouver des solutions et pour l’encourager, nous pouvons avoir l’impression qu’elle met tout en échec et qu’elle ne fait pas ce qu’il faut pour aller mieux.

Même si la personne prend des décisions qui nous semblent inadéquates ou agit de manière qui peut nous paraître insensée, il est important de toujours se rappeler que son but ultime est de soulager sa souffrance.

Si la personne parle ouvertement de suicide, ne jamais oublier qu’elle demeure toujours ambivalente. Le but pour la personne n’est pas de mourir, mais d’arrêter de souffrir. Il est donc important de ne jamais rester seul quand on reçoit de tels propos.

Mais attention! La personne qui a des idées suicidaires ne l’exprimera pas nécessairement par des messages directs. Il faut savoir que la majorité des personnes décédées par suicide avait envoyé des signes de détresse ou des indices à des personnes de leur entourage. Bien sûr, de décoder ces signes n’est pas toujours évident au quotidien. Par contre, si vous avez un doute que la personne puisse avoir des idées suicidaires, vous avez déjà assez d’informations pour aller vérifier directement auprès de la personne si elle pense au suicide.

Tout d’abord, la seule façon de savoir si une personne pense au suicide est de lui poser la question directement. Si nous voulons que la personne nous réponde clairement, il faut que nos questions le soient également. Bien sûr, il est préférable de s’assurer que ce soit fait dans les meilleures conditions possibles.


Voici quelques trucs pouvant faciliter votre intervention:

  1. Trouver un lieu propice à la communication. S’assurer de rencontrer la personne dans un endroit calme et isolé, propice à la confidence.
  2. Laisser la personne exprimer ce qu’elle vit. Faire preuve d’ouverture à l‘égard de ce que la personne vous confie, sans jugement.
  3. Ramener à la personne ce qui vous inquiète chez elle. Ex.: « Depuis quelque temps, j’ai remarqué que tu sembles plus triste, plus irritable… J’ai observé que tu ne te joignais plus à nous à l’heure du lunch… Tu sembles préoccupée… »
  4. Exprimez-lui vos inquiétudes.   «Je dois t’avouer que cela m’inquiète… »
  5. Si vous avez des craintes quant à la réaction de la personne face à cette question, n’hésitez pas à lui en faire part. Ex.: «Je ne voudrais pas te choquer ou te blesser en te posant cette question, mais je me permets de te demander, est-ce que la situation t’amène à penser au suicide? À avoir des idées suicidaires? Est-ce que tu as pensé à t’enlever la vie? » 
  6. Poser la question directement à la personne ne lui donnera pas l’idée de se suicider et ne l’encouragera pas à poser un geste contre elle. Au contraire, lorsque nous vérifions directement auprès de la personne si elle pense au suicide, nous remarquons que la majorité du temps, la personne ressent un soulagement. Elle n’est plus seule. Quelqu’un est prêt à l’écouter et à entendre sa souffrance.
  7. Si la personne répond oui à la question, vous pouvez vérifier si les idées suicidaires sont souvent présentes et depuis quand.
  8. Il est important de vérifier si la personne a une planification suicidaire, un scénario. C’est une première étape pour déterminer l’urgence d’intervenir. Le mot pour nous aider à retenir les questions à poser est le COQ. 

 

C: Est-ce que tu as pensé à COMMENT tu poserais le geste? As-tu pensé à un moyen? Est-ce que ce moyen est accessible?

O: As-tu prévu tu veux te suicider? As-tu pensé à un endroit?

Q: As-tu déterminé un moment? QUAND as-tu l’intention de poser un geste?

 

Si, à la lumière de ses réponses, vous n’êtes pas à l’aise de laisser la personne repartir seule, car vous craignez pour sa sécurité, exprimez-lui. Vérifiez son ouverture à recevoir de l’aide. Vous pouvez dès ce moment, contacter le 1-866-APPELLE, qui vous accompagnera dans votre intervention et s’assurera de prendre la situation en charge en apportant une aide adéquate à la personne selon le degré de dangerosité.

S’il y a absence de planification suicidaire ou si la personne n’est pas en danger dans l’immédiat, cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas besoin d’aide. Il est important de ne jamais rester seul (e) avec cela et de se référer vers les ressources spécialisées. Vous pouvez vérifier l’ouverture de la personne à recevoir de l’aide. Si elle accepte, vous pouvez l’accompagner dans sa démarche en contactant le 1-866-APPELLE pour mettre la personne en contact avec un intervenant. Vous pouvez aussi vérifier avec la personne à quelle ressource elle préférerait s’adresser et s’assurer de mettre la personne en contact avec cette ressource.

Au besoin, vous pouvez prendre une entente à court terme avec la personne, qu’elle assurera sa sécurité, le temps que vous alliez chercher du soutien pour vous-même et pour elle. Attention, par contre, de ne pas prendre une entente (comme un pacte de non-suicide) sans s’assurer que des interventions à court terme auront lieu. Ce type d’entente doit avoir du sens pour la personne et ne doit pas servir simplement à se rassurer soi-même.

 Si vous craignez pour la sécurité de la personne dans l’immédiat, contactez le 911 ou composez le poste 5555 si vous vous trouvez sur le campus. Le service de sécurité et de prévention de l’Université vous offrira une assistance immédiate.

 

Encourager la personne à demander de l’aide

Il est possible qu’à la suite de votre intervention auprès de la personne, celle-ci exprime des réticences à aller chercher de l’aide ou refuse tout simplement de faire une telle démarche. Si vous êtes à l’aise, vous pouvez prendre le temps d’explorer les réticences de la personne face à l’aide proposée. Diverses raisons font en sorte qu’une personne puisse exprimer des craintes face à une aide professionnelle. Il est important de prendre le temps d’explorer ces craintes.

Vous pouvez, par exemple:

  • Prendre plus de temps avec elle pour lui permettre de parler de ce qu’elle vit;
  • Explorer ce qu’elle a fait jusqu’à maintenant pour tenter de trouver une solution à son problème;
  • Vérifier si des personnes de son entourage sont au courant de la situation et à qui elle pourrait en parler;
  • Explorer les options possibles, ce qu’elle compte faire dans les prochains jours pour prendre soin d’elle.

Peu importe la conclusion de cet entretien, il est toujours possible de demander du soutien et de l’accompagnement, dans votre intervention, auprès des intervenants du Centre de prévention du suicide de Québec au 1-866-APPELLE (1-866-277-3553). Il est important de ne pas rester dans le doute.  

 

Les pièges à éviter

Garder le secret 

Si la personne vous confie avoir des idées suicidaires et qu’elle vous demande de garder ce secret pour vous, expliquez-lui que vous ne pouvez pas faire cela. Vous ne pouvez garder un secret qui implique une aussi grande responsabilité. Identifiez au moins une personne à qui elle accepterait d’en parler et si possible, à un professionnel de la santé. Rassurez la personne sur le fait que les services d’aides sont confidentiels. Au besoin, informez la personne des démarches que vous allez faire. Mais ne restez jamais seul!

Donner vos recettes du bonheur

Chacun de nous avons développé nos propres stratégies pour nous adapter aux difficultés de la vie quotidienne. Bien que cela ait pu fonctionner pour nous, cela ne veut pas dire que ce sera le cas pour la personne. Explorez plutôt quels sont les moyens qu’elle utilise habituellement lorsqu’elle va moins bien.

Penser que la personne manipule

Il faut toujours prendre au sérieux une personne qui parle de suicide. Il n’y a pas de vrais et de faux suicidaires. Une personne qui parle de suicide, peu importe le contexte, est une personne qui exprime une souffrance et qui a certainement besoin d’aide.

Minimiser la souffrance de l’autre

La souffrance est quelque chose de très subjectif. Une même situation peut paraître banale pour une personne et peut être dramatique pour une autre. Chacun a son propre vécu et sa propre histoire. La souffrance ne se mesure pas.

Vouloir sauver

Si vous lisez ce texte, c’est probablement parce que vous êtes préoccupé (e) pour une personne de votre entourage. C’est possible que vous ayez l’énergie et le temps pour aider et soutenir une personne et cela est tout à votre honneur. Mais attention de respecter vos limites! Vous devez, vous aussi, vous assurer d’avoir le soutien et l’accompagnement nécessaires pour prendre soin de la personne, mais aussi de vous-même!

Ressources

Université Laval

Centre d’aide aux étudiants

Local 2121, Pavillon Maurice-Pollack

418 656-7987

 

Ressources hors campus

1-866-APPELLE (1-866-277-3553)

Ligne téléphonique régionale 24/7

 

Centre de crise de Québec

418 688-4240

 

Association québécoise de prévention du suicide

www.aqps.info

Pour obtenir de l’information générale sur la prévention du suicide au Québec