L’épuisement étudiant

Depuis une vingtaine d’années, les termes «burn-out» et «épuisement professionnel» sont bien connus. Plusieurs milieux de travail font de la prévention auprès de leurs employés et employées. De longs congés maladies sont octroyés pour épuisement professionnel, terme que les médecins n’hésitent plus à employer. L’étudiant ou l’étudiante n’est pas à l’abri de l’épuisement, qui n’est pourtant pas aussi facilement reconnu ni traité, d’abord par soi, mais aussi par son entourage et sa famille.


Introduction

Parce que jeune et généralement en forme, on assume qu’un étudiant ou une étudiante doit exceller et est capable de le faire à un niveau élevé et soutenu. On croit d’emblée que sa situation universitaire est plus facile que celle d’un travailleur ou d’une travailleuse parce qu’elle comporte moins de responsabilités personnelles et professionnelles. Cependant, même si leurs priorités sont différentes, leurs préoccupations n’en sont pas moins importantes. Tout étudiant et toute étudiante a des obligations scolaires, financières et sociales auxquelles il ou elle doit faire face. En plus de ses études à temps plein et d’un emploi souvent exigeant et peu rémunéré, son réseau social lui demande du temps, sans compter ses relations amoureuses. Sa vie est remplie et son horaire changeant, car il doit souvent travailler le soir et les fins de semaine. En période de stress comme durant les examens, son équilibre est précaire et le temps disponible pour l’étude est souvent insuffisant. Les heures accordées au sommeil sont souvent les premières à écoper. Si des difficultés personnelles surviennent, couplées à la fatigue et à une mauvaise alimentation, l’épuisement peut arriver très vite. Ne pas se rendre compte de la dégradation de son état et s’acharner pour continuer à répondre à toutes les demandes fait partie de la maladie de l’épuisement. S’ensuit alors un cercle vicieux où, plus l’étudiante ou l’étudiant est déçu, plus elle ou il travaille fort. Son anxiété augmente, la qualité de sa performance diminue et ses échecs deviennent plus douloureux. Ainsi, plus ces symptômes sont intenses, plus son épuisement sera important et plus la période de récupération nécessaire sera longue.

Reconnaître l’épuisement

Quand une personne arrive au point où elle «tombe en panne» et ne peut plus bouger parce qu’elle est vidée et qu’elle a atteint un niveau de fatigue extrême, l’épuisement est facile à identifier. Cependant, il serait utile de savoir reconnaître les symptômes de l’épuisement pour éviter d’atteindre ce niveau de détresse. Comme ces symptômes s’installent graduellement et qu’ils changent en cours de route, leur identification n’est pas aisée. Une analogie avec les symptômes de la faim illustre bien leur progression. Si vous dînez habituellement à midi, vous aurez faim dans l’heure suivante si vous sautez son repas. Au début du jeûne, vous sentez votre estomac vide qui gargouille. Puis, cette sensation fera graduellement place à des symptômes dérivés, comme un mal de tête, de l’impatience ou une baisse de votre capacité de concentration. Chez une personne épuisée, c’est un peu la même chose. Au tout début, vous sentez votre fatigue et votre besoin de repos. Si vous ignorez cet avertissement, il se transforme en un état général qui constitue l’épuisement.

Les symptômes physiques

Le premier symptôme physique de l’épuisement est évidemment la fatigue. Vous avez l’impression d’être vidé, vidée ou «au bout du rouleau». Les efforts à déployer pour vous rendre au travail ou à l’université sont de plus en plus exigeants. Un trouble de sommeil peut s’installer, soit par votre incapacité à aller au lit et à y rester, soit par votre manque de sommeil réparateur, ou par une somnolence excessive. De plus, vous pouvez avoir des maux de tête, des troubles gastriques, des douleurs aux membres ou aux articulations. La faiblesse et le manque de ressources diminuent votre résistance aux virus et vous risquez des maladies virales plus fréquentes.

Les symptômes psychologiques

Un indice psychologique fréquent de l’épuisement est la dépendance accrue au café ou à l’alcool. Votre tension et votre anxiété augmentent, avec un souci constant du temps qui passe et la peur du lendemain. Vos facultés cognitives sont affaiblies: votre concentration, votre mémoire et votre raisonnement diminuent. Toute prise de décision devient laborieuse puisque vous doutez de vous et que votre jugement est miné. Vous devenez plus sensible, ce qui se traduit par de l’irritabilité, de la colère, par la peur de perdre le contrôle et par des larmes qui coulent plus facilement. Votre impatience et votre tension provoquent des conflits relationnels. Seule ou seul avec des difficultés que vous ne croyez pas pouvoir surmonter, vous vivez dans le découragement et le désespoir. Vous entretenez des idées négatives telles que: «peu importe le temps que je vais y mettre, je n’y arriverai pas», «ce que je fais n’est jamais correct» ou «je n’en peux plus».

Comprendre la source

Des causes intrinsèques et extrinsèques à l’individu peuvent être à la source de l’épuisement.

Les facteurs situationnels:

Comme mentionné plus haut, une surcharge de travail ou d’étude favorise l’émergence de l’épuisement. Un rythme de vie effréné, comportant un ou des emplois, de l’étude, des travaux à remettre et une vie sociale chargée, crée un ensemble qui peut dépasser vos limites individuelles. Une maladie physique ou la maladie d’un proche peut engendrer une surcharge de soucis ou de tâches. Enfin, l’isolement affectif crée un manque de support et d’encouragement, qui sont des besoins importants à combler.

Les caractéristiques de l’individu à risque:

Des traits de personnalité rendent certaines personnes plus vulnérables à souffrir d’un épuisement. D’abord, les personnes qui gèrent mal leur temps, mais aussi – et surtout -, celles qui sont perfectionnistes, consciencieuses ou dévouées.

Les personnes perfectionnistes ont souvent tendance, par exemple, à prendre excessivement en charge les travaux d’équipe et à s’impliquer par manque de confiance envers les autres. Elles ont un grand besoin de reconnaissance et de gratification et se sentent rarement satisfaites.

Les personnes consciencieuses ont un grand besoin de se conformer aux exigences qu’elles perçoivent et ont souvent l’impression d’avoir à en faire plus que les autres. Idéalistes et déterminées, elles se valorisent exclusivement par leur réussite. Leur estime de soi est davantage basée sur leurs résultats et leur comparaison aux autres.

Enfin, les personnes dévouées ne demandent pas facilement d’aide. Elles ont tendance à s’oublier et à mettre leurs besoins de côté pour répondre à ceux des autres. Elles ont de la difficulté à dire « non » et à faire respecter leurs limites.

Éviter l’épuisement

Garder la tête hors de l’eau, ce n’est pas assez. Dans une période intense où vous vous sentez au bord de l’épuisement, votre équilibre est précaire et vous disposez de peu de marge de manoeuvre pour passer à travers cette phase exigeante. Cet état est à éviter. Idéalement, il faut prévoir l’imprévu et toujours vous garder une place, si petite soit-elle, pour du temps libre, du repos, des activités de détente sur lesquelles vous avez le contrôle. Par exemple, comme tout être humain doit manger, vous pouvez en profiter pour vous arrêter, vous changer les idées ou simplement savourer ce que vous mangez.

Lorsque vous êtes en situation d’épuisement, il devient utopique de vouloir atteindre tous vos objectifs. Il faut penser à faire des choix en considérant vos besoins physiques et émotifs, que vous devez combler par du repos. Une fois votre énergie revenue, les signes d’épuisement peuvent être perçus comme des signaux d’alarme. Ils indiquent que quelque chose doit changer dans votre fonctionnement. Entre autres, cela pourrait vous inciter à modifier certains idéaux irréalistes, à mieux gérer votre temps, à vous rendre compte lorsque vous avez trop d’activités et à faire des choix. Reconnaître et accepter ses limites est un signe de maturité et savoir dire « non » impose le respect.

Quand une voiture tombe en panne d’essence, il n’est plus possible d’avancer sans faire le plein. Pour une personne épuisée, faire le plein signifie essentiellement se reposer. Le repos passe d’abord par un bon sommeil et une alimentation saine, mais aussi par le rire et les plaisirs simples. En fait, ces éléments sont fondamentaux non seulement en période d’épuisement, mais en tout temps, tout au long de votre vie. Vous pouvez dresser une liste d’activités agréables, développer votre sensibilité aux saveurs, aux sensations et aux beautés qui vous entourent. Donnez une place aux contacts avec vos amis et amies et faites du sport : cela vous évitera de fusionner avec vos études ou avec votre travail. Être capable de garder une distance permet de prendre du recul lorsque nécessaire. Un épuisement indique la pertinence de réorganiser votre emploi du temps et de réévaluer vos priorités et vos valeurs. Pour ce faire, vous pouvez prévoir des périodes de repos, identifier le moment de la journée où vous travaillez plus efficacement et élaborer un horaire plus équilibré et surtout plus réaliste. Vous pouvez trouver des modèles ou des points de comparaison accessibles, plus humains et moins parfaits. Identifiez d’autres critères que la réussite et l’excellence pour vous valoriser. Vous pouvez partager avec vos pairs, mais il ne sert à rien de prendre sur vos épaules les problèmes des autres. Parler de vos difficultés et de vos besoins vous aidera à mieux les assumer. Voir que d’autres personnes ont les mêmes difficultés vous permettra de moins vous dévaloriser. Enfin, vous donner le droit d’être lent, lente ou fatigué, fatiguée et vous accorder du temps libre en conséquence vous sera bénéfique toute votre vie!

 

Rédigé par:
Marcel Bernier, psychologue