Vivre avec une personne de nature anxieuse

Dans un contexte de pandémie, l’incertitude peut entraîner des soucis pour nous ou nos proches. Alors que certains parviennent à demeurer relativement calmes dans la situation, d’autres peuvent s’inquiéter davantage, au point d’avoir du mal à gérer l’intensité de leurs préoccupations. Ces réactions, parfois démesurées, peuvent être difficiles à comprendre si l’on n’est pas familier avec l’anxiété. On peut se sentir dépassé ou impatient, surtout lorsque nous ne parvenons pas à rassurer la personne. Les lignes suivantes permettront de mieux comprendre l’anxiété et des pistes d’intervention seront proposées.

L’incertitude

Les situations incertaines génèrent beaucoup d’inconfort chez les personnes de nature anxieuse. Dans un contexte de pandémie par exemple, bien qu’une majorité des gens risquent d’être préoccupés, chez les personnes souffrant déjà d’anxiété, l’incertitude associée à cette situation pourrait déclencher de fortes réactions, voire excessives.

Les inquiétudes

Les personnes vivant de l’anxiété ont une forte tendance à s’inquiéter. Elles perçoivent diverses situations incertaines de la vie comme une menace, dont elles surestiment les risques, imaginant les conséquences négatives possibles. Les inquiétudes prennent ainsi la forme de pensées ou d’images, qui s’apparentent à des scénarios de catastrophe.

Les situations réelles

Chez les personnes affectées par l’anxiété, plusieurs situations deviennent propices à l’apparition des inquiétudes. Dans un contexte de pandémie mondiale, être exposé à de l’information en continu et au contenu souvent alarmiste, pourrait amener certains à s’inquiéter excessivement au sujet des conséquences possibles. Il est vrai que dans ce contexte, ces inquiétudes se rapportent à des situations bien réelles, mais c’est plutôt l’anticipation des conséquences futures négatives qui peut être excessive.

Les situations éventuelles

Chez les personnes de nature anxieuse, les inquiétudes concernent non seulement les situations réelles, mais aussi les situations moins probables. Dans ce cas, la personne s’inquiète à propos d’une situation et ressent une forte anxiété, comme si le scénario catastrophique imaginé se produisait réellement.

Pandémie : situation réelle ou éventuelle ?

Lors d’une pandémie, les inquiétudes des personnes affectées par l’anxiété concernent une menace bien réelle. Cependant, comme dans toute situation, les pires conséquences anticipées ne se produisent pas nécessairement. La personne, de son point de vue, retiendra souvent le scénario le plus dramatique et l’émotion ressentie risque d’être intense, car la personne perçoit ces scénarios comme s’il s’agissait de faits, plutôt qu’une éventualité.

S’inquiéter : est-ce utile ?

Les personnes vivant de l’anxiété ont du mal à cesser de s’inquiéter. Certaines croient même qu’il est utile de s’inquiéter, car en s’inquiétant, elles ont l’impression que cela leur permet de mieux prévenir les éventualités et les prépare à faire face au problème. Cependant, les inquiétudes génèrent plutôt des émotions négatives et laissent peu de place aux solutions. Les inquiétudes n’ont donc pas l’utilité recherchée. En période de pandémie, on aurait plutôt avantage à se mettre en action, notamment en suivant les recommandations quant aux mesures d’hygiène préventives, et à moins se centrer sur les effets négatifs anticipés.

L’intolérance à l’incertitude

Plus la personne est intolérante à l’incertitude, plus elle aura tendance à s’inquiéter et à imaginer les pires scénarios face à une situation incertaine. Ces fortes réactions sont souvent associées à une surestimation des probabilités associées à diverses éventualités et aux conséquences imaginées. Même si la pandémie de la COVID-19 est bien réelle, ses conséquences et les probabilités d’en être affecté demeurent incertaines.

L’évitement

Très souvent, la façon qui semble la plus rapide pour réduire le malaise associé à une situation anxiogène est de l’éviter ou d’essayer de ne plus y penser. Toutefois, l’évitement contribue à amplifier l’anxiété, car il ne soulage qu’à court terme et entretient l’appréhension. La personne s’engage alors, malgré elle, dans un cercle vicieux où le malaise s’accroît, ce qui l’incite davantage à éviter. La stratégie visant à s’efforcer de ne plus penser à ce qui nous dérange n’est pas efficace, car plus on tente d’éviter de penser à quelque chose, plus cette pensée revient avec force.

La vérification

Afin de se rassurer et de diminuer l’incertitude, plusieurs personnes vivant de l’anxiété augmentent leur niveau de vigilance ou vérifient leur état à répétition (par exemple, par la recherche excessive d’information ou être constamment à l’affût de symptômes). Malgré la pertinence de se tenir informé, la vigilance extrême et la vérification excessive augmentent plutôt la détresse psychologique, car il est impossible d’éliminer toute incertitude. En période de pandémie, le défi est plutôt d’établir un équilibre entre la vérification ou la recherche d’information pertinente, afin d’optimiser les comportements à l’égard de la santé. Consultez l’information concernant les mesures d’hygiène et les conduites à suivre auprès de sources fiables : https://www.ulaval.ca/notre-universite/coronavirus-2019.

Comment aider la personne éprouvant de l’anxiété ?

Il n’existe pas de façon universelle et parfaite d’intervenir, mais voici quelques principes fondamentaux pour vous guider :

– Écoutez activement et évitez de critiquer. Intéressez-vous à sa façon de percevoir les choses et faites préciser ce qu’elle ressent. Reformulez ce que vous comprenez de son récit et n’essayez pas de minimiser la situation, même si vous croyez que sa façon de réagir est exagérée. Soyez empathique et exprimez-lui votre soutien.

Encouragez les comportements qui aident à mieux réagir à la situation. Plusieurs ont déjà des outils efficaces pour surmonter les difficultés (activité physique, méditation, relaxation, etc.), mais ils oublient souvent d’y recourir au moment opportun. Rappelez-lui les bienfaits de ces outils et encouragez-le/la à reprendre cette activité.

Envisagez une autre solution. Si une solution déjà tentée n’a pas donné les résultats escomptés, et même si vous êtes convaincu qu’il s’agisse de la meilleure chose à faire, n’insistez pas. Cela ne convient pas nécessairement à l’autre.

Réconfortez sans trop rassurer. Il est généralement utile de réconforter une personne inquiète en essayant de l’aider à voir les choses autrement. Toutefois, si l’apaisement est de courte durée, il est préférable d’éviter de rassurer à répétition. Envisager avec elle d’autres façons de réduire le malaise.

Retenez-vous de dire quoi faire, à moins que la personne ne vous en fasse la demande. Si c’est le cas, suggérez plutôt que d’imposer à l’autre votre point de vue.

Conclusion

Dans un contexte de pandémie, certaines personnes seront plus affectées que d’autres par l’anxiété. Vous pouvez aussi aider une personne de votre entourage en lui recommandant de lire sur le sujet : (https://www.aide.ulaval.ca/psychologie/soutien-covid-19/). Elle peut également demander de l’aide auprès du Centre d’aide aux étudiants : https://www.aide.ulaval.ca/psychologie/demande-d-aide/. Aussi, les membres de la communauté universitaire qui s’inquiètent pour un étudiant peuvent écrire à mailto:suivi.demande@aide.ulaval.ca. Un suivi sera fait avec eux dans les meilleurs délais.

 

Caroline Sylvain, psychologue

Michel Dumont, psychologue